Antigone, de Jean Anouilh
Tout d'abord, je vous présente toutes mes excuses pour ne pas avoir posté la semaine dernière, je n'ai tout simplement pas eu le temps, et ce durant toute la semaine. Et je n'ai pas beaucoup lu non plus...
(Je vous l'accorde, la couverture n'est pas très enthousiasmante. C'est que cette édition -celle que j'ai, donc- date de 1946)
Résumé :
Antigone est la fille d'Œdipe. Lorsque son père s'exile (vous connaissez l'histoire d'Œdipe, je suppose ?), il laisse le pouvoir à ses deux fils, Etéocle et Polynice, censés occuper le trône chacun une année sur deux. Seulement, à la fin de sa première année de règne, Etéocle refuse de laisser la place à son frère et les deux hommes se combattent... et se tuent mutuellement. Etéocle est traité en héros et reçoit des funérailles royales, tandis que Créon, oncle d'Antigone et désormais roi, refuse qu'on offre une tombe au cadavre de Polynice. Antigone refuse ce décret et décide de braver la loi, allant enterrer de nuit le corps de son frère...
Mon avis :
Splendide ! M'intéressant à la mythologie, je connaissais la fin et je n'ai pas été surprise. Cependant, cela ne m'a en rien gâché mon plaisir. J'ai dévoré cette pièce en une soirée.
Le texte est relativement court et le nombre de personnages est réduit, empêchant tout risque de confusion ; l'écriture d'Anouilh est reconnaissable : simple, contemporaine, mais aussi incroyablement puissante (particulièrement lors d'un entretien/dispute/témoignage d'affection passionnant entre Créon et Antigone).
J'ai adoré le personnage d'Antigone, pour le caractère revêche, à la fois mature et enfantin, que lui a créé Anouilh. C'est ainsi que je l'imaginais, et je donnerais beaucoup pour pouvoir interpréter un jour ce rôle. Antigone me hante, je sens ses sentiments, envisage déjà toute une mise en scène, visualise les gestes qu'elle pourrait faire à quel moment. Et puis, enfin un personnage féminin réellement intéressant au théâtre, ça ne fait pas de mal ! C'est vrai, les meilleurs rôles sont tous (enfin presque, j'exagère) masculins...
Là où j'ai eu un peu plus de mal, c'est la manière dont Anouilh a réactualisé le mythe. Polynice aurait été un jeune homme fêtard et violent, passant ses soirées à boire dans les bars avec ses amis et à conduire ses voitures ! O_O D'autant plus qu'avant de telles remarques (faites par Créon) on ne peut absolument pas se douter que cela se déroule de nos jours. Mais bon, je crois que j'ai été plus déroutée que véritablement gênée. Il n'empêche que je visualisais la pièce dans un décor antique !
L'émotion dégagée par la fin (plus ou moins à partir du milieu de la conversation avec Créon) est terriblement poignante, même en lecture silencieuse. Qu'est-ce que j'aimerais voir le résultat sur scène !
J'ai beaucoup aimé, à la fin, l'espèce de clin d'oeil à la tragédie classique : le récit de la fin tragique des personnages par un autre (cela m'a particulièrement fait penser à la fin de Phèdre, de Racine). Cette tragédie moderne ne s'éloigne en fin de compte pas tellement de ses "grandes soeurs"...
En quelques mots, ce n'est pas un coup de coeur (pour moi les coups de coeur sont quelque chose d'extrêmement fort), mais j'ai tout de même beaucoup aimé.