Camille Clarisse, de Robert Bigot
Quatrième de couverture :
..."Jamais de place nulle part. Même en poussette, c'était jamais mon tour... il a fallu que j'attende d'avoir huit ans pour comprendre qu'on disait pas "décamiller" mais "décaniller"... Amochée. Voilà le mot qui me va comme un gant, le mot convenable pour une comparaison affûtée entre le visible et le caché. C'est de l'intérieur que je suis amochée, songea Camille, et je ne sais même plus pourquoi. Qu'est-ce qui m'a abîmée comme ça ?"
En plus détaillé :
L'histoire commence à l'hôpital. Camille Clarisse, adolescente de seize ans, est dans le coma à la suite d'un accident de scooter qui suscite l'interrogation tant les circonstances sont étranges. Un coup de téléphone mystérieux, pas de casque... Et j'ai beau essayer de développer plus, mais je ne vois pas ce que je peux dire d'autre, l'histoire n'est pas réellement simple à décrire...
Mon avis :
J'ai été véritablement très enthousiasmée par ce petit roman qui, s'il ne paye pas de mine au premier abord, est surprenant de réussite.
Déjà, j'aime beaucoup la couverture (pourtant je suis assez exigeante sur ce point), j'adore le style du dessin, la symbolique du rouge qui peut rappeler à la fois le sang de l'accident et l'amour dont il est parlé avec pudeur, le geste de Camille qui sert les partitions contre son coeur, et surtout, surtout, l'effet rendu par le texte, dans le fond (des extraits du roman, comme vous pouvez vous en douter). L'ensemble m'a aussitôt sauté aux yeux. Bravo à ceux qui se sont occupés de la composition !
Le papier, aussi, est étrangement épais et très agréable au toucher (à bas les livres électroniques !).
A présent, l'histoire - qui est certes plus importante que la couverture. J'ai beaucoup aimé la construction : on pourrait qualifier ce roman de "semi-épistolaire" tant les lettres sont importantes au récit. L'histoire se met en place comme une enquête ; rien n'est dit directement, le lecteur amasse des indices qui s'embriquent les uns avec les autres, par le biais de correspondances, témoignages, constatations des médecins. Tout est dévoilé avec délicatesse, presque avec timidité - comme le caractère de la protagoniste. J'ai adoré cet aspect-là.
J'ai aimé aussi observer l'évolution des personnages, découvrir les liens qu'ils avaient entre eux. C'est un roman riche de personnages intéressants.
L'originalité de Camille Clarisse, c'est que Camille, donc, ne devient vraiment actrice de son histoire que dans la seconde partie - à partir de la page 111, sur 173. Vers la fin donc. et pourtant, ce n'est nullement dérangeant ; au contraire, cette particularité donne quelque chose en plus au roman - je ne saurais dire quoi...
Et l'écriture ! Il y a tant de douceur et de sensibilité dans l'écriture de Mr Bigot... Deux extraits m'ont particulièrement émue, je ne résiste pas à l'envie de vous les faire partager...
Le premier, c'est la "citation" au début du livre :
"D'où est-ce que je viens ?
Qui est-ce que je suis ?
Où est-ce que je vais ?
(un adolescent, au hasard)"
Le deuxième, c'est un passage du roman lui-même qui m'a bouleversée :
"La blouse blanche représentait l'équipe soignante, la jean-basket était soignée [...]. La plupart des "j.-b." étaient malheureux : peu avant leur arrivée ici, ils avaient eu tellement de mal à accepter leur vie quotidienne qu'ils avaient pris, chacun de son côté et dans le secret de sa détresse, une route de traverse pour la quitter. Heureusement pour eux, ce chemin-là était barré au moment qu'ils avaient choisi, aussi se retrouvaient-ils de nouveau dans le train de la vie. [...] Ils avaient le coeur en bandoulière, l'âme en prison, les mots dans la tête et pas dans la bouche, parfois des larmes sèches sur des lèvres scellées, des révoltes aux poings serrés, des secrets qu'ils ne s'avouaient plus..."