Le Misanthrope, de Molière
Je me suis rendue compte il y a quelques jours que je n'avais jamais fait d'article sur ce chef-d'œuvre... Qu'à cela ne tienne, en voilà un ! Et cela m'aura permis de le relire...
Quatrième de couverture :
Au moment où il quitte la scène, Alceste quitte également le monde auquel il s'est heurté, et le vrai sujet de la comédie est bien la confrontation du misanthrope et de ce milieu mondain qu'il récuse : par philosophie, mais également par cet esprit chagrin d'atrabilaire qui en fait l'ennemi de toute sociabilité, comme le montre la manière incongrue et bourrue dont il témoigne à Célimène un amour qui prend à rebours les règles de la galanterie.
Cet extravagant est donc certainement ridicule. Mais comment lui reprocher l'intransigeante pratique des vertus de sincérité, de justice et de droiture ? Parce que Alceste dénonce le monde, c'est bien lui qui permet à Molière de nous en donner une image véritable - jusque dans ses contradictions.
En plus détaillé :
Alceste voue une haine profonde à l'humanité et aux mœurs du temps. Il dénonce l'hypocrisie et le mensonge, et prône la franchise et la sincérité en toutes circonstances. Et pourtant, lui, l'homme aigri et haineux, est follement amoureux de la coquette Célimène, et souffre qu'elle accepte que bon nombre d'hommes lui fassent la cour. Il souhaiterait qu'elle se consacre toute entière à lui, et abandonne sa mondanité... Ce qui est bien entendu hors de question pour la jeune veuve.
Mon avis :
Ceci, pour moi, n'est pas n'importe quelle pièce de théâtre. C'est un chef-d'œuvre. C'est ma pièce préférée entre toutes, c'est l'origine de ma passion pour le théâtre. C'est véritablement LA pièce de ma vie. Je dois beaucoup au Misanthrope. Etrange, n'est-ce pas ? Et pourtant c'est vrai.
Tout a commencé un soir de février 2008, au théâtre des Célestins, à Lyon. Le Misanthrope. Joué par la Comédie-Française. Avec Thierry Hancisse dans le rôle-titre. Quelle révélation ! C'était la première fois que j'allais au théâtre, bien que ce fût ma troisième année de pratique. Cette unique représentation a chamboulé ma vie, parce que je suis tombée, ce jour-là, amoureuse du théâtre.
Depuis, je me replonge avec toujours autant de délices dans cette petite merveille.
Le texte est magnifique, les mots sont justes et la souffrance d'Alceste, vivace, transperce le papier. J'ai toujours la gorge nouée en le lisant, tant je suis émue de tant de beauté (du texte) et de douleur (d'Alceste). La versification en alexandrins donne un rythme un peu entêtant, que j'aime tout particulièrement.
Je voudrais vous faire noter que je ne considère pas réellement Le Misanthrope comme une comédie. Plutôt un drame (pas tout à fait une tragédie, puisqu'Alceste ne meurt pas. Quoique...). Car ce serait une drôle de comédie, vraiment, puisqu'elle me fait pleurer !
Peu de choses sont véritablement drôles, mais il y en a : par exemple l'exagération de la préciosité d'Oronte, Acaste et Clitandre. Surtout ces deux derniers, en fait.
On m'a dit un jour qu'il était impossible de s'attacher à Alceste, et que sa misanthropie était source de comique. Ah bon ? J'aime Alceste et il m'inspire un peu de pitié ; et je trouve ses paroles tout, sauf amusantes ! Au contraire, ses arguments se tiennent parfaitement, et je comprends sa position quoique je ne la partage pas. Comment rire de quelqu'un aimant la franchise ? C'est, en réalité, la trop grande lucidité d'Alceste qui l'empêche de se greffer au monde.
Hélas, il faut bien le reconnaître, c'est Philinte qui a raison : "Il est bien des endroits, où la pleine franchise / Deviendrait ridicule, et serait peu permise ; / Et, parfois, n'en déplaise à votre austère honneur, / Il est bon de cacher ce qu'on a dans le coeur." Le mensonge peut être parfois utile, et c'est ce que n'arrive pas à comprendre Alceste.
Ce qui est captivant dans cette pièce, c'est que tout s'accorde non seulement avec le XVIIe siècle, mais aussi avec le XXIe. C'est une pièce incroyablement actuelle, qui dénonce la superficialité mais aussi le trop grand puritanisme.