Un samedi en poésie - Un rêve
Tout d'abord je dois vous expliquer dans quelles circonstances j'ai découvert ce poème : au centre d'histoire de la résistance et de la déportation, à Lyon, où je suis allée samedi dernier avec ma classe et mon professeur d'histoire-géo. En plus de l'exposition permanente, nous avons visité l'exposition temporaire : des photographies du ghetto de Lodz. Au fond de la salle, après les photos, était affiché un extrait de ce poème.
Si j'ai choisi de vous le faire partager - au détriment de Baudelaire - c'est parce qu'il a éveillé quelque chose de bien particulier en moi, il m'a émue plus que je ne saurais le dire. "Pourquoi ?" devez-vous vous demander. Eh bien, parce que celui qui a écrit ce poème, dont je ne me rappelle malheureusement plus le nom, est né en février 1930, a vécu au ghetto de Lodz, a été déporté en août 44 et est décédé en septembre ou en décembre (je ne sais plus) de cette même année.
Il avait mon âge.
Un rêve
Lorsque je serai grand, quand j’aurai vingt ans,
Je partirai à la découverte de ce monde enchanté
Je prendrai place dans un oiseau à moteur
Et je m’élèverai tout en haut dans le ciel.
Je volerai, je naviguerai, je planerai
Au dessus du monde lointain si beau
Je suivrai le cours des rivières
et passerai sur les océans
Je m’élèverai dans les cieux où je m’épanouirai,
Un nuage pour soeur et le vent pour frère.
Je m’extasierai en voyant l’Euphrate et le Nil
Je verrai les pyramides et le Sphinx
De l’Egypte ancienne où Isis était déesse
Je volerai au dessus des chutes du Niagara
Et m’enfoncerai dans les dunes de sable du Sahara.
Je me laisserai dériver jusqu’aux falaises
parsemées de nuages du Tibet,
Et la terre mystérieuse des magiciens
Et lorsque je sortirai
De la vague de chaleur étouffante
Je déambulerai dans les icebergs du Nord.
Sur des ailes je survolerai la grande île aux kangourous
Et les ruines de Pompéi
Et la terre sainte de l’Ancien Testament
Et la terre du grand Homère
Je volerai lentement, lentement planant paresseusement.
Et ainsi, entouré des merveilles de ce monde
Je me lancerai vers les cieux où je m’épanouirai,
Un nuage pour soeur et le vent pour frère.
Publier ce poème sur mon blog, c'est ma façon de lui rendre hommage, lui qui rêvait de ses vingt ans et de liberté et qui n'aura connu ni l'un ni l'autre. Faire en sorte qu'il ne tombe pas dans l'oubli, lui qui a été tué parce qu'il avait commis l'immense et irréparable "crime" d'être né juif !